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Histoire du Cameroun

Les trous de mémoire de Macron et de la Commission Ramondy

Présentation du Rapport Ramondy à Yaoundé

A la demande des présidents français Emmanuel Macron et camerounais Paul Biya 14 historiens ont été chargés d’étudier les crimes coloniaux français au Cameroun entre 1945 et 1971. Ces chercheurs sous la responsabilité de l’historienne française Karine Ramondy ont produit un rapport scientifique détaillé de 1 000 pages. Ce rapport représente une mine d’informations sur le sujet.
Cependant, plusieurs faits historiques ont été ignorés ou minimisés à dessein.
Il s’agit de la question de l’usage du Napalm, du génocide des bamileké et des Bassa’a ainsi que de l’implication de la France dans l’assassinat de Félix Roland Moumié à Genève par les services secrets français…

L’usage du napalm non confirmé malgré les témoignages

  • Un témoin, Emmanuel Mukam, a affirmé avoir été handicapé à vie par l’inhalation de napalm utilisé par l’armée française dans la région Bamiléké. Bien que son témoignage ait été recueilli par le volet artistique de la commission dirigé par Blick Bassy, il n’a pas été intégré au rapport scientifique.
  • La coprésidente Karine Ramondy a justifié cette omission par l’absence de preuves écrites dans les archives militaires françaises, tout en documentant l’usage massif de « cartouches incendiaires » aux effets similaires. Des historiens critiquent cette approche pour avoir ignoré des sources orales cruciales. Lorsque nous avons relancé les rédacteurs de ce rapport lors de sa présentation à la Librairie des peuples noirs à Yaoundé début août 2025, leur réponse était toute faite  » nous n’avons pas eu les preuves de l’utilisation du Napalm dans les archives ».

La qualification de « génocide » évitée

  • La commission a reconnu des « violences extrêmes » et des « transgressions des droits humains », mais s’est refusée à employer le terme « génocide », arguant de son manque de compétence juridique.
  • Cette prudence contraste avec les travaux d’historiens de plusieurs nationalités dont les Français Thomas Deltombe et Manuel Domergue. Avec le camerounais Jacob Tatsitsa, ces derniers ont publié un livre de référence sur la question sous le titre : Kamerun, une guerre cachée aux origines de la Françafrique: 1945-1971.
    Les trois auteurs y plaident pour une reconnaissance des massacres systématiques (ex. : camps de regroupement, bombardements de civils) comme crime contre l’humanité.

L’absence de recommandations sur les réparations

  • Bien que le rapport appelle à une reconnaissance officielle des crimes par la France et le Cameroun, il évite soigneusement la question des réparations matérielles ou compensations financières.
    Emmanuel Macron, dans sa réponse officielle, a assumé la « responsabilité de la France » sans présenter d’excuses ni évoquer de dédommagements, suscitant des critiques sur l’incomplétude du processus mémoriel.

Le cas Moumié

Le Rapport Ramondy a brillé par sa volonté de rendre symboliques les crimes français au Cameroun. Sinon pourquoi n’avoir pas inclut les réparations matérielles non pas pour compenser les âmes massacrées, mais pour améliorer les conditions de vie des fils et arrière petits-fils des victimes?
Sans le savoir peut-être, la reconnaissance faite par Emmanuel Macron trahit clairement les interventions de Paris à ne pas faire la lumière sur tous les crimes français au Cameroun. Le cas Moumié en est une parfaite illustration. Alors que toute la communauté scientifique s’accorde à dire que Félix Roland Moumié leader du parti nationaliste camerounais UPC a été empoisonné par William Bechtel, un agent des services secrets français déguisé en journaliste, Macron tente en 2025 d’affirmer le contraire en évoquant une décision de justice qui avait invalidé la thèse de l’assassinat. Curieuse démarche de la part de Macron quand on sait que tous les présidents ayant séjourné à l’Elysée avant lui avaient toujours nié que la France a livré une guerre au Cameroun.
Et pourtant, des thèses et mémoires universitaires, les livres, articles scientifiques et les films documentaires ont révélé le nom de l’assassin de Moumié, son mode opératoire et son service de rattachement.
Emmanuel Macron est visiblement dans une logique de demi-vérités historiques.
Il revient donc aux patriotes Camerounais de se mobiliser pour demander des réparations à la France qui a finalement reconnu ses atrocités. Il n’est jamais trop tard, dit l’adage.

par Olivier Atemsing Ndenkop, PhD en philosophie, journaliste.

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